Un article de Courrier International publié à l’occasion de l’accident à Adamuz, synthétise la problématique de la grande vitesse en Espagne. Je rentre de quinze jours en Espagne et je suis aligné avec le constat présenté dans cet article.
« Malgré un investissement économique, politique et émotionnel jugé considérable en faveur du train à grande vitesse, les Espagnols sont perplexes, tonne El Confidencial. Car au quotidien, ils sont confrontés à l’augmentation des retards des trains, la succession de pannes ou l’agglutinement dans les gares. »

Photo : Renaud Cornu-Emieux
L’Espagne est le pays d’Europe avec le plus grand réseau à grande vitesse (près de 3900 km début 2026) et de nombreux travaux sont en cours : Murcia-Almeria, Alicante-Cartagena, Zaragoza-Pamplona, Madrid-Badajoz (liaison avec Lisboa), Burgos-Vitoria, Sevilla-Huelva et améliorations lourdes sur Antequera – Granada.

Néanmoins, voyager en AVE en Espagne est compliqué. À Madrid Atocha comme à Barcelona Sants, en semaine comme le week-end, l’embarquement est une épreuve…

Photo : Renaud Cornu-Emieux
Tout commence par une file d’attente au contrôle de sécurité, avec scan des bagages : une dizaine de minutes. Puis la porte d’embarquement est annoncée seulement quinze minutes avant le départ, sans être ouverte. Il en résulte qu’une foule compacte se forme devant les portes d’accès au quai. Pas moyen d’y déroger en attendant assis, c’est dans ces files que le contrôle des billets commence…

Photo : Renaud Cornu-Emieux
Au bout d’une vingtaine de minutes, les portes s’ouvrent enfin… et de facto, une nouvelle queue apparaît, cette fois devant chaque porte du train.
Bilan : près de trente minutes d’attente cumulées et des retards fréquents de dix à vingt minutes.
À Barcelona Sants, gare de passage, le problème est aggravé par l’absence d’indication sur le positionnement des voitures à quai, rendant l’embarquement encore plus chaotique.

Photo : Renaud Cornu-Emieux
Après plusieurs expériences identiques, difficile d’y voir un simple manque de chance. Cela ressemble plutôt à un problème structurel dans l’organisation de l’embarquement pilotée par RENFE et ADIF. Le système mis en place ne peut pas générer autre chose : une rame simple d’AVE c’est l’équivalent d’un gros porteur. Quand une dizaine de rames partent chaque heure, c’est forcément très engorgé. Les bâtiments voyageurs n’ont pas la capacité de permettre l’embarquement de l’équivalent de dix gros porteurs par heure… On n’ose pas imaginer les problèmes le jour où ce seront des rames doubles à deux niveaux…

Photo : Renaud Cornu-Emieux
L’Espagne dispose du plus grand réseau à grande vitesse d’Europe. L’organisation mise en place fait que la qualité de service reste très en retrait par rapport aux standards européens.
Comme le décrit l’article de Courrier International en conclusion : « Il est peut-être temps de faire une pause et de repenser le modèle, insiste le Diario Córdoba, qui appelle à investir davantage dans les systèmes de contrôle et la maintenance du réseau ferroviaire, de même que dans l’amélioration des conditions de travail du personnel dédié. Non pas pour régler un problème ponctuel, argumente le quotidien régional, mais pour adapter le train à la réalité que nous avons nous-même créée, à savoir un service avec plus de compagnies, plus de fréquences et plus d’usagers. Et tout cela devrait se faire en dehors de toute considération politique. »

Photo : Renaud Cornu-Emieux

